Par Julie Roy – Depuis une vingtaine d’années, l’industrie viticole connaît un essor sans précédent dans la province. Bien que cette production soit de plus en plus populaire, elle demeure relativement jeune et les données publiques récentes et fiables à ce sujet sont assez rares. Pour remédier à cette situation et donner la possibilité aux conseillers en vigne d’offrir des conseils adaptés, 33 cépages de 40 plants chacun sont à l’essai au Centre de recherche agroalimentaire de Mirabel (CRAM).
« Les producteurs nous appelaient pour savoir ce qu’ils devaient planter, mais nous n’avions pas de données fiables. Il y a bien eu des tests, mais réalisés de façon privée. On a décidé de prendre le taureau par les cornes et de faire nous-mêmes des essais qui serviront à tous », mentionne Larbi Zerouala, conseiller en viticulture au MAPAQ. Situé sur des terres à proximité de l’abbaye d’Oka, les cépages sont donc étudiés sous toutes leurs coutures, tant selon leurs caractéristiques techniques que leurs qualités vinicoles. « On regarde la résistance aux maladies, les rendements selon le nombre de degrés-jours, le goût, la croissance, la résistance au gel, etc. Nous, on peut se casser la gueule, on peut se permettre d’attendre trois ans, ce qui n’est pas nécessairement le cas pour un producteur. » En effet, il y a déjà trois ans que le projet a débuté, mais ce n’est que cette année que les fruits de ces vignes ont pu être récoltés, soit le temps nécessaire pour que la plante atteigne une certaine maturité.
Dans le but de présenter les premiers résultats de ces essais, une journée Portes ouvertes s’est déroulée le 13 septembre dernier. Au total, une cinquantaine de producteurs et de gens intéressés par la question se sont présentés à l’évènement. Ils ont ainsi pu apprendre quels sont les cépages les plus prometteurs et lesquels sont à oublier. « Après tout ce temps, nous sommes capables de faire ressortir les tendances lourdes. Parmi les cépages qui sortent du lot, il y a le Frontenac blanc, gris et noir ainsi que la Perle noire. »
Le vin décidera
Charles-Henri de Coussergues, copropriétaire du vignoble de l’Orpailleur et président de l’Association des vignerons du Québec, est bien au fait de tous les tests qu’il faut faire avant de porter son choix sur le cépage qui donnera les meilleures bouteilles. Lui-même a essayé 69 cépages et en a, au final, retenu que deux. « Les tests sont faits de façon individuelle, mais cela demande un investissement important. C’est assez lourd à supporter et les vignerons ne sont pas enclins à partager leurs données en raison des avantages concurrentiels. » Le vigneron est donc très heureux de l’apport que peut amener cette étude, toutefois, même si cela donne un peu d’espoir aux vignerons, M. de Coussergues demeure prudent. Même si le rendement d’un cépage est prometteur, cela ne représente qu’une partie du travail. Encore faut-il que les bouteilles retiennent les faveurs des consommateurs. « Le vin doit être au rendez-vous. C’est toujours le marché qui décide. » À ce sujet, le projet actuellement en cours n’est pas rendu à cette étape, car les vignes sont trop jeunes et deux autres années sont nécessaires pour obtenir un arôme et une acidité représentatives d’une bouteille à une autre. Malheureusement, l’étude en cours devrait normalement se terminer cette année, mais les chercheurs espèrent pouvoir la poursuivre pour obtenir des résultats complets.











